La distance marathon est fixée à 42,195 kilomètres, soit 26 miles et 385 yards selon la mesure anglo-saxonne. Cette valeur précise, loin d’être un arrondi ou un choix scientifique, résulte d’une succession de décisions historiques qui s’étale sur plus de deux millénaires, de la Grèce antique jusqu’aux salons feutrés de l’athlétisme mondial au début du XXe siècle.

Comprendre pourquoi le marathon ne fait pas 40 km, ni 45, ni un chiffre rond quelconque, c’est plonger dans l’une des anecdotes les plus savoureuses du sport mondial. Derrière ces 195 mètres supplémentaires se cache une décision dynastique britannique, un roi, un château et une ligne d’arrivée tracée au cordeau pour satisfaire la famille royale. Une histoire qui dit beaucoup sur la façon dont les règles sportives naissent parfois du hasard ou du caprice.
Cet article remonte aux origines légendaires de la course, retrace les tâtonnements des premiers Jeux Olympiques modernes, explique le tournant décisif de Londres 1908, et détaille comment l’officialisation de 1921 par l’IAAF a figé cette distance pour toujours, avec ses conséquences très concrètes pour les coureurs d’aujourd’hui.
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- Le marathon tire son origine de Phidippidès (490 av. J.-C.), qui aurait couru environ 40 km entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire grecque.
- Les 195 mètres supplémentaires viennent de Londres 1908 : la famille royale voulait que la course parte du château de Windsor (40,195 km jusqu’au stade).
- L’IAAF (devenue World Athletics) a officialisé 42,195 km comme distance mondiale en 1921 pour honorer les JO de Londres.
- Cette précision permet une mesure standardisée et l’homologation rigoureuse des records mondiaux par les fédérations officielles.
L’origine légendaire : Phidippidès et la bataille de Marathon
La légende du courrier grec
En 490 avant J.-C., les armées perses de Darius Ier débarquent sur la plaine de Marathon, à une quarantaine de kilomètres au nord-est d’Athènes. Les Athéniens, inférieurs en nombre, remportent contre toute attente une victoire décisive. Pour annoncer la nouvelle à la cité avant que la panique ne s’installe, un courrier est dépêché au pas de course.
Selon la version popularisée par Plutarque, ce messager se nomme Phidippidès. Il court sans s’arrêter depuis le champ de bataille jusqu’à l’Agora d’Athènes, prononce les mots « Nous avons vaincu » et s’effondre mort d’épuisement. Cette scène, qu’elle soit historique ou mythifiée, a traversé les siècles et hanté l’imaginaire des premiers organisateurs des Jeux Olympiques modernes.
Les 40 kilomètres mythiques
La distance parcourue par Phidippidès selon la légende est estimée à environ 40 kilomètres. C’est ce chiffre symbolique qui servira de base de réflexion aux organisateurs des premiers Jeux Olympiques modernes en 1896. La précision n’est pas là : il s’agit d’une approximation géographique, celle qui sépare la plaine de Marathon du centre d’Athènes par la route la plus directe.
Cette estimation de 40 km crée un mythe fondateur puissant, mais elle n’impose aucune rigueur métrique. Et c’est précisément ce flou originel qui explique pourquoi la distance du marathon mettra encore plusieurs décennies à se stabiliser.
Les premiers Jeux Olympiques modernes (1896) : une distance fluctuante
Le marathon athénien de 1896
Lors des premiers Jeux Olympiques modernes organisés à Athènes par Pierre de Coubertin, le comité d’organisation décide d’inclure une épreuve de course longue distance en hommage direct à la légende de Phidippidès. Le parcours retenu relie la ville de Marathon au Stade Panathénaïque d’Athènes. La distance mesurée sur ce tracé s’établit à environ 40 kilomètres, soit 39,99 km selon les relevés rétrospectifs.
Le Grec Spiridon Louis remporte cette première édition en 2 heures, 58 minutes et 50 secondes. La course est un triomphe populaire, mais personne ne se préoccupe encore de standardiser la distance. L’essentiel est de rejouer symboliquement la geste de Phidippidès, pas de créer une norme sportive internationale.
Pourquoi pas une distance unique dès le départ ?
Entre 1896 et 1908, chaque édition olympique propose une distance différente. À Paris en 1900, le marathon mesure 40,26 km. À Saint-Louis en 1904, il atteint 40,23 km. Aux Jeux intercalaires d’Athènes en 1906, la distance est ramenée à 41,86 km. Aucune instance internationale ne dispose alors de l’autorité ou de la volonté nécessaire pour imposer une mesure unique.
Les organisateurs adaptent le parcours à la géographie locale, aux contraintes logistiques, parfois aux caprices des comités nationaux. Le marathon existe en tant qu’épreuve, mais la distance marathon reste, à cette époque, une notion approximative que chaque ville hôte interprète à sa façon.
Le tournant décisif de Londres 1908 : quand la famille royale a imposé 42,195 km
Le caprice royal du château de Windsor
Les Jeux Olympiques de Londres en 1908 marquent le tournant définitif. Les organisateurs britanniques décident que le départ de l’épreuve du marathon se tiendra sur la pelouse est du château de Windsor, afin que la famille royale puisse assister confortablement au lancement de la course depuis les appartements royaux. Le roi Édouard VII approuve cette disposition.
Ce choix n’est pas motivé par une logique sportive : il répond à une contrainte de protocole dynastique. La ligne d’arrivée, elle, est fixée au White City Stadium de Londres, sur la piste d’athlétisme, précisément devant la loge royale. Cette double exigence royale, le départ depuis Windsor et l’arrivée face aux tribunes d’honneur, génère une distance de 42,195 km exactement.
Pourquoi 195 mètres de plus ?
La mesure du tracé Windsor-White City Stadium donne 26 miles et 385 yards en mesure impériale britannique, soit 42,195 km en conversion métrique. Ces 195 mètres supplémentaires par rapport au mythe des 40 km ne résultent d’aucun calcul sportif : ils sont la conséquence directe de la géographie entre le château et le stade, ajustée pour que l’arrivée se produise exactement devant la loge royale.
La course de 1908 est elle-même mémorable pour d’autres raisons : l’Italien Dorando Pietri s’effondre plusieurs fois dans le dernier tour de stade avant d’être aidé par des officiels, ce qui entraîne sa disqualification au profit de l’Américain John Hayes. Mais c’est bien la distance parcourue ce jour-là qui reste dans l’histoire, indépendamment du drame sportif. Pour aller plus loin sur les performances qui font trembler les chronos du demi-fond, les records du semi-marathon illustrent bien comment ces distances normalisées deviennent des étalons de référence mondiale.
L’officialisation mondiale en 1921 : comment 42,195 km est devenu la norme
L’intervention décisive de l’IAAF
Après Londres 1908, les distances continuent de varier. Stockholm en 1912 propose 40,20 km. Anvers en 1920 revient à 42,75 km. La confusion persiste. En 1921, l’International Amateur Athletic Federation (IAAF), aujourd’hui rebaptisée World Athletics, tranche définitivement : la distance officielle du marathon est fixée à 42,195 km, en référence directe au parcours londonien de 1908.
Cette décision n’est pas scientifique. Elle est pragmatique : Londres 1908 est la course la plus médiatisée, la mieux documentée, et sa distance est précisément mesurée. L’IAAF choisit de s’appuyer sur un précédent historique clair plutôt que de recalculer une valeur ex nihilo. Depuis cette date, aucun marathon ne peut être homologué officiellement s’il ne respecte pas exactement cette distance.
La raison de cette précision métrique
L’officialisation de 1921 homogénéise les compétitions mondiales et permet l’établissement de records rigoureusement comparables. Avant cette date, il était impossible de comparer les performances entre Athènes, Paris, Saint-Louis ou Londres : les distances étaient toutes différentes. Après 1921, un record du monde de marathon signifie quelque chose de précis : il a été réalisé sur 42,195 km, ni plus ni moins.
Le choix d’une valeur aussi peu ronde que 42,195 a bien sûr suscité des débats. Certains fédérations nationales auraient préféré fixer la distance à 40 km, pour des raisons de cohérence historique avec la légende de Phidippidès. L’IAAF a maintenu sa décision, estimant que la rigueur de la mesure primait sur la symbolique.
Pourquoi cette précision étrange : l’impact sur les coureurs et la course moderne
Les 195 mètres : une différence qui compte vraiment
Pour un marathonien élite qui court à une allure de 20 km/h environ (soit autour de 2 heures pour boucler la distance), ces 195 mètres représentent environ 35 secondes de course. Sur un marathon en 3 heures, ils correspondent à peu près à 58 secondes supplémentaires. C’est marginal en apparence, mais suffisant pour modifier des stratégies d’allure élaborées au mètre près.
Les préparateurs physiques intègrent cette donnée dans les plans d’entraînement. La gestion du dernier kilomètre d’un marathon, souvent le plus difficile physiologiquement, tient compte de ces 195 mètres comme d’une zone particulière : ni un sprint final, ni un relâchement. Pour les athlètes qui travaillent leur récupération et leur gestion de l’effort sur longue distance, des ressources comme les étirements ciblés font partie intégrante de la préparation autour de ces efforts prolongés.
Comment se mesure un marathon aujourd’hui ?
La mesure moderne d’un parcours de marathon utilise un outil calibré appelé roue de Jones, développé par John Jewell et Alain Bouillé et adopté par World Athletics comme protocole officiel. Cette roue, fixée à une bicyclette, compte avec précision la distance réelle parcourue sur la route, en suivant la trajectoire la plus courte légalement empruntable par un coureur.
Le protocole impose également un facteur de sécurité : la distance certifiée doit être légèrement supérieure à 42,195 km pour garantir qu’aucun coureur ne termine avant d’avoir parcouru la distance minimale. Un record du monde n’est homologué par World Athletics que si la distance mesurée selon ce protocole est conforme. C’est pourquoi les grands marathons (Berlin, Chicago, Tokyo, Boston, New York, Londres) font l’objet de certifications régulières et de re-mesures après toute modification de tracé.
Un héritage unique ancré dans l’histoire royale britannique
La distance marathon de 42,195 km n’est pas née d’une réflexion scientifique, d’un calcul ergonomique ou d’une tradition ancestrale précise. Elle est le produit d’une décision dynastique : en 1908, la famille royale britannique voulait voir le départ de la course depuis le château de Windsor, et la ligne d’arrivée devait se trouver face à la loge royale du White City Stadium. Le résultat de cette contrainte de protocole est devenu la norme planétaire d’une discipline pratiquée par plusieurs millions de personnes chaque année.
L’officialisation par l’IAAF en 1921 a transformé ce précédent anecdotique en règle internationale intangible. Depuis plus d’un siècle, aucun record du monde, aucune médaille olympique, aucune performance homologuée ne peut être obtenu sur une distance différente. Ces 195 mètres, souvent perçus comme une bizarrerie, rappellent que le sport de haut niveau repose parfois sur des décisions historiques prises dans des circonstances très éloignées de toute logique sportive.
Pour les coureurs d’aujourd’hui, qu’ils visent un record personnel ou simplement l’arrivée, cette distance précise impose des protocoles rigoureux : roue de Jones, certification World Athletics, re-mesure après modification de tracé. Chaque mètre compte, y compris les 195 qui ont tout changé. Si vous préparez votre premier marathon ou cherchez à améliorer votre temps, commencez par maîtriser le nombre de pas par kilomètre selon votre foulée : c’est l’un des indicateurs les plus concrets pour calibrer votre effort sur 42,195 km.
Questions fréquentes
Qui est vraiment Phidippidès et a-t-il couru le premier marathon ?
Phidippidès est un coureur légendaire grec de 490 av. J.-C. selon Plutarque. Il aurait couru environ 40 km entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire. L’histoire est largement mythifiée et aucune source fiable ne le confirme, mais elle a inspiré les Jeux olympiques modernes.
Pourquoi 42,195 km et pas un chiffre rond comme 40 ou 43 km ?
Les 42,195 km viennent des JO de Londres 1908. La famille royale voulait que la course parte du château de Windsor : la distance jusqu’au stade White City = 40,195 km. Les 195 mètres ont été conservés lors de l’officialisation en 1921 par l’IAAF pour garder cette trace historique.
Quand exactement la distance du marathon a-t-elle été officialisée à 42,195 km ?
L’IAAF (World Athletics) a officialisé 42,195 km comme distance universelle en 1921. Depuis cette date, aucun marathon homologué ne peut dévier de cette mesure précise : c’est une contrainte mondiale pour l’homologation des records.
Comment mesure-t-on un marathon aujourd’hui pour vérifier qu’il fait exactement 42,195 km ?
Les organisateurs utilisent une roue de Jones calibrée et suivent le protocole World Athletics. La distance doit représenter le trajet le plus court légalement empruntable sur le circuit. Un record n’est homologué que si la distance mesurée dépasse ou égale exactement 42,195 km.
Le semi-marathon a-t-il aussi une histoire particulière pour sa distance de 21,0975 km ?
Non. Le semi-marathon n’a pas de raison historique spécifique : c’est simplement la moitié du marathon (42,195 ÷ 2 = 21,0975 km). Contrairement au marathon, cette distance est née d’un calcul mathématique, pas d’une décision dynastique.